La photographie
par Stéphanie Béland
Qui n'a pas déjà pris une photo avec un appareil normal ou Polaroïd? Personne, ou presque! Mais vous êtes-vous déjà demandé comment une photographie se faisait réellement? Moi, si. Alors, j'ai tenté d'y répondre. La première photographie, proprement dite, fut prise, vers 1822, par M. Joseph Nicéphore Niepce. Elle représentait une table servie dans son jardin. Mais les bases de la photographie datent, en fait, de 1727. Regardons de plus près ces phénomènes chimiques qui font de la photographie ce qu'elle est.
La première photographie
Nicéphore Niepce fut le premier à fixer, de manière durable, une image sur papier. Il s'est servi d'une plaque de verre couverte de bitume de Judée. Cela a pris huit heures de pose en plein soleil pour pouvoir la réaliser. Il s'aida, pour ce faire, d'une chambre noire pour la mettre à jour. Niepce s'associa ensuite à Louis Daguerre, un peintre. Chacun travailla de son côté en se transmettant les résultats de leurs travaux respectifs. Niepce décéda en 1833, avant d'avoir vu l'achèvement de ses travaux. Son procédé s'appelle l'héliographie.
Après la mort de Niepce, Daguerre continue seul ses travaux pendant six ans. Le 7 janvier 1839, il commercialise son procédé de photographie appelé daguerréotype. Le daguerréotype consiste en une surface sensible caractérisée par une couche à base d'iodure d'argent. Pour fixer l'image, il avait découvert que l'élément fondamental du bain de fixage des photographies, l'hyposulfite de soude, pouvait dissoudre les atomes des composés d'argent photosensibles, avant qu'ils n'aient été impressionnés par la lumière et changés en images visibles. En revanche, l'hyposulfite ne dissolvait pas les atomes impressionnés. Cette découverte permit à Daguerre de plonger l'image impressionnée dans un bain et d'arrêter toute réaction chimique avant que l'action de la lumière n'entre en jeu et n'efface l'image. À part le fixage, le procédé de Daguerre était différent des procédés modernes. Le daguerréotype faisait appel à une plaque de cuivre à la surface argentée, polie. En la plaçant, face argentée en dessous, au-dessus d'un récipient dégageant des vapeurs d'iode, on la rendait photosensible. Ces vapeurs se combinaient à l'argent pour produire de l'iodure d'argent photosensible. Exposée, la plaque enregistrait une image latente, donc invisible. Le développement s'effectuait en plaçant la plaque, face impressionnée en dessous, dans une seconde boîte contenant cette fois un récipient plein de mercure que l'on chauffait. Les vapeurs du mercure se combinaient aux atomes d'iodure d'argent exposés. Là où les rayons lumineux avaient atteint la plaque, le mercure engendrait un alliage à base d'argent. Cette méthode faisait apparaître les régions claires de la photo, tandis que les zones non-impressionnées par la lumière faisaient apparaître les régions sombres. La façon dont la lumière frappait la surface produisait, soit un négatif, soit un positif, mais jamais les deux à la fois. Le temps d'exposition de la plaque était environ de vingt à trente minutes.11
Le calotype fut breveté en 1841, par un anglais, William Fox Talbot. Ce procédé était le prédécesseur des procédés de photographie actuels. Il utilisait un positif et un négatif contrairement au daguerréotype. Le calotype fut populaire pendant les dix années qui suivirent et un peu plus. Le développement consistait en une feuille de papier qui était brossée avec une solution saline faible, puis séchée, pour ensuite être brossée à nouveau avec une solution de nitrate d'argent faible, séchée encore une fois et enfin, enduite de chlorure d'argent. Cela rendait le papier sensible à la lumière, après quoi il était prêt à y être exposé. Cela prenait environ une demi-heure pour imprimer l'image sur papier. Elle était fixée avec une forte solution de sel, l'iodure de potassium. Durant l'année qui suivit, Talbot réussit à éprouver son procédé de "dessin photogénique" qui resta le calotype. Il découvrit que s'il ajoutait de l'acide gallique, le papier devenait plus sensible à la lumière et qu'il n'était plus nécessaire de l'exposer jusqu'à ce que l'image devienne visible. Avec plus de traitement à l'acide gallique et au nitrate d'argent, l'image allait se développer. Le procédé du calotype ne fut pas aussi populaire que le daguerréotype. Quand le procédé de collotion a été introduit, en 1851, le calotype est devenu démodé. Mais le principe du négatif-positif est devenu le standard de la photographie, il est encore utilisé de nos jours.10
Dans les cinquante années qui suivirent, la photographie, bien que très répandue, nécessita beaucoup de patience et un matériel très encombrant. Ce fut George Eastman, un industriel, qui se proposa le premier de fabriquer un appareil plus facile à manier, mettant ainsi la photographie à la portée de tous. Il eut l'idée d'équiper son appareil d'un rouleau muni d'un film sur papier qui permettait de prendre cent images successives. Lorsque le rouleau avait été utilisé au complet, l'amateur envoyait son appareil entier à l'usine d'Eastman, près de New York, pour le faire développer. Là, le film exposé était manipulé en chambre noire et remplacé par un film neuf, qui était ensuite réexpédié à son possesseur. Eastman fabriqua ensuite un système d'emballage qui permettait de sortir le rouleau de l'appareil à la lumière du jour. Les amateurs faisaient eux-mêmes la manipulation de développement. Eastman appela son procédé "kodak" qui connu un succès immédiat.11
Ce fut un ingénieur allemand qui réalisa le premier appareil compact. Il s'appelait Oscar Barnack et il développa son invention, en 1907, à la suite d'une escalade de montagne avec un matériel qu'il avait trouvé trop encombrant. Il décida de réaliser un appareil petit et de haute précision. C'est en 1924 qu'apparut le premier "Leica", pesant à peine 500 grammes et pouvant prendre 36 vues sur un film 35 mm; dans cette largeur totale de la pellicule, la largeur réelle de l'image était en fait de 24 mm; en donnant à la longueur celle de deux images du film, on obtenait 36 mm. Chacune des vues de la pellicule photographique mesurait alors 24 mm et 36 mm. L'appareil fut un succès.11
Ce sont les Américains qui nous ont donné le nouveau système Polaroïd. Celui-ci a exigé dix ans de travail par toute une équipe de chimistes, ainsi que la somme de 250 millions de dollars pour sa fabrication. Il a été mis au point par le Dr Edwin Land, président de la firme, et ses collaborateurs. Il s'agit d'un appareil révolutionnaire dont la caractéristique essentielle est d'éjecter un cliché aussitôt après la prise de vue et de se développer en quatre minutes, à l'air libre. Contrairement aux films à développement instantané habituels, le cliché sort "propre" de l'appareil, sans qu'on ait besoin de procéder au décollage hasardeux du négatif de l'épreuve définitive. Ainsi, pendant que la première vue se développe, on a la possibilité de prendre d'autres clichés. L'émulsion, proprement dite, est composée de dix-sept couches dont l'épaisseur totale ne dépasse pas trois millimètres. Deux produits y jouent un rôle capital: un alcali (potasse) et un pigment blanc, à base de bioxyde de titane. Ce colorant a été choisi en raison de sa propriété singulière de virer au noir dans un environnement fortement alcalin et de redevenir clair en milieu acide. Il se forme donc, en présence de l'alcali, un voile opaque qui joue le rôle de chambre noire. L'alcali a également pour mission de pénétrer dans les couches en profondeur et de dissoudre les développants des colorants. Les pigments inoxydés, ou non-captés, se trouvent alors libres de migrer vers la surface. En quelques minutes, une teneur correcte en colorants se trouve déposée sur la surface réceptrice et un fixateur stoppe le mouvement des colorants qui apparaissent à la surface de l'image. Pendant toutes ces réactions, l'alcali doit ronger lentement une "barrière" de plastique dont l'épaisseur a été calculée pour freiner, le temps qu'il faut, l'avancée de l'alcali vers une couche acide. Celle-ci atteinte, la potasse est instantanément neutralisée; la couche opacifiante s'éclaircit et toutes les activités chimiques sont suspendues. Le cycle est terminé et la photo peut enfin être déroulée après séchage.11
Composition de film noir et blanc
Le film noir et blanc est composé en une base transparente sur laquelle est vaporisée une fine couche d'émulsion mélangée à des cristaux de bromure d'argent et d'iodure d'argent en gélatine, en suspension pour quelques minutes. La gélatine ne retient pas seulement les grains, mais aussi, elle augmente leur sensibilité à la lumière. L'image en est probablement une du spectre d'argent formé dans les grains, en réponse à la lumière, qui agissent en noyaux capables de développer la conversion de tous les autres grains dans l'argent. Le spectre visible s'étend à environ 400 à 700 nm et les cristaux sont sensibles seulement sur une longueur de 500 nm ou moins. Des teintures sensibilisantes sont ensuite ajoutées à l'émulsion pour augmenter la sensibilité et pour inclure une plus grande longévité du spectre lumineux.2
Quand une photo est prise, la lumière passe brièvement à travers l'objectif, dans le diaphragme, puis dans la lentille pour former une image inversée. Pour le bref moment durant lequel l'objectif est ouvert, l'image est projetée sur la surface du film ou de la plaque sensibilisée par du sel d'argent et cause une image latente, invisible, qui est enregistrée dessus.2 Pour transformer l'image invisible en image visible, on a besoin de trois bains successifs en plus du lavage. Pour ne pas voiler la photo, les opérations qui suivent se passent dans le noir ou dans une salle éclairée avec une lumière inactinique jaune.11
Premier bain: le révélateur
Comme son nom l'indique, il fait apparaître les grains d'halogénure d'argent qui ont été impressionnés au moment de la prise de vue.
Deuxième bain: le bain d'arrêt
Il est composé d'acide acétique et a pour effet d'arrêter l'action du révélateur afin de ne pas saturer les zones de basse et de haute lumière.
Troisième bain: le fixateur
Les différentes couches composant le film sont fixées par le fixateur. Ceci stabilise donc définitivement l'image. À partir de ce moment-là, le film peut être à nouveau mis à la lumière.
La dernière opération est donc le lavage. D'une durée d'au moins vingt minutes, il dépouille totalement la photo des impuretés restantes et un agent mouillant, additionné à la dernière eau de lavage, permet de rendre le film totalement antistatique (la poussière ne pourra plus s'y fixer). Pour les photographies couleurs, le principe est à peu près le même que pour les photos noir et blanc, sauf qu'il n'y a pas qu'une seule couche qui est impressionnée, mais trois, de couleur bleue, verte et rouge, ce qui permet de faire ressortir, au fil des bains, toutes les couleurs possibles, selon les mélanges.11
Conclusion
La photographie est une invention qui a changé le monde du dix-neuvième et du vingtième siècles complètement. Elle fut aussi à l'origine de la caméra pour le cinéma des frères Lumière, mais ça, c'est une autre histoire.

Bibliographie
Livre
1-PERET, Jean-Claude. La photographie, expliquée, simplifiée, réussie, Paris, Éditions Bornemann, 1972, 88 p.
Disques optiques compacts
2-Grolier: Electronic Publishing 1993, Photography
3-Axis: L'encyclopédie Multimédia Hachette 1993, Caméra, ©Le livre de Paris, Hachette, 1993.
4-Axis: L'encyclopédie Multimédia Hachette 1993, Photographie, ©Le livre de Paris, Hachette, 1993.
5-CDROM: CD Sciences - Banque de textes scientifiques. Encyclopédie du Canada No 153, L'image révélée, CEDROM-SNi, 1 juillet 1990.
6-CDROM: CD Sciences - Banque de textes scientifiques. Encyclopédie du Canada No 3, TWEEDIE, Katherine. Photographie, CEDROM-SNi, janvier 1987.
7-CDROM: CD Sciences - Banque de textes scientifiques. Encyclopédie du Canada No 162, La photographie interférentielle des couleurs 100 ans, CEDROM-SNi, 1 avril 1991.
8-CDROM: CD Sciences - Banque de textes scientifiques, Encyclopédie du Canada No 148, ROMER, Grant, DELAMOIR, Jeannette. Les premières photographies en couleurs, CEDROM-SNi, 1 février 1990.
Documents dans W3
9-Daguerreotype, [En ligne]. Adresse URL: http://www.nmsi.ac.uk/nmpft/gen4.htm
10-
Leggat, Robert. CALOTYPE process, The, [En ligne]. Adresse URL: http://www.kbnet.co.uk/rleggat/photo/history/calotype.htm
11-Dossier sur la photographie, [En ligne]. Adresse URL: http://www.geocities.com/Paris/7715/dossier.html
12- (1979). Les frères Lumière à l'aurore de la couleur, [En ligne]. Adresse URL: http://www.bm-lyon.fr/lumiere.htm
Recherche : Stéphanie Béland, Centre Le Goéland, Sherbrooke, QC
Page mise à le 6 octobre 1997
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