Le système lymphatique
Angèle Mélina Morissette et Jean Papineau
INTRODUCTION
Depuis des siècles, le corps humain est un sujet de fascination, d'intérêt et de recherche. Les civilisations primitives attribuaient ses fonctions étrangères, complexes et merveilleuses, à la magie des dieux; elles voyaient dans la maladie un châtiment divin. Lentement, mais sûrement, les recherches sur le corps humain ont progressé, en trébuchant souvent. Maintenant que la science a fait un bond de géant dans ce domaine, nous sommes ainsi aptes à comprendre et à expliquer des phénomènes tels que le système de défense de l'être humain, notre sujet, ici. Il sera question, en premier lieu, des globules blancs et de leur fonction. Deuxièmement, nous traiterons de l'immunité et de la vaccination, et pour terminer, nous donnerons un bref exemple de lutte anti-infectieuse en abordant le mécanisme du virus du SIDA.
LE SYSTÈME LYMPHATIQUE
Le système lymphatique est formé par la lymphe, qui est un liquide au même titre que le plasma sanguin, et des vaisseaux chargés de son transport, les vaisseaux lymphatiques. Il contient également un certain nombre d'organes annexes comme la rate, le thymus, les amygdales, les végétations adénoïdes et les ganglions lymphatiques. La moelle osseuse fait aussi partie intégrante du système immunitaire, car c'est elle qui produit des lymphocytes (globules blancs). Ces derniers détectent les cellules et les substances étrangères, les microbes et les cellules cancéreuses.
COMMENT FONCTIONNE LE SYSTÈME LYMPHATIQUE?
La lymphe
Tout d'abord, la lymphe est filtrée dans les ganglions lymphatiques (pour les distinguer des ganglions nerveux). Lorsqu'elle les traverse, elle est débarrassée des substances étrangères. Ces substances restent emprisonnées à l'intérieur du ganglion où des macrophages se chargent de les détruire par phagocytose; les lymphocytes T détruisent ces substances en libérant divers agents et les lymphocytes B, en produisant des anticorps. Pour de plus amples détails sur les types de globules blancs, voir l'annexe.
La phagocytose
La phagocytose, c'est le processus d'ingestion et de destruction des microbes ou de toute particule étrangère par des cellules appelées phagocytes. Elle comporte deux étapes: l'immuno-cyto-adhérence et l'ingestion.
L'immuno-cyto-adhérence, c'est la fixation solide de la membrane plasmique d'un phagocyte à un microbe ou à une substance étrangère. Le phagocyte emprisonne la particule étrangère sur une surface rugueuse telle que celle d'un vaisseau sanguin, d'un caillot ou d'une fibre de tissu conjonctif pour l'empêcher de s'échapper.
L'ingestion est un processus par lequel les prolongements de la membrane cellulaire du phagocyte, les pseudopodes, englobent le microbe. Quand le microbe est entouré, la membrane se replie vers l'intérieur et forme un sac appelé vésicule, il s'éloigne de la membrane et pénètre dans le cytoplasme. À l'intérieur du cytoplasme, le microbe entre en contact avec les lysosomes contenant des enzymes digestives et des substances bactéricides. Au moment du contact, les membranes forment une grosse structure, le phagolysosome (vésicule digestive). Les bactéries, se trouvant dans ce dernier, sont détruites dans une période allant de 10 à 30 minutes. On explique la destruction par les composants des lysosomes; l'acide lactique (qui abaisse le pH du phagolysosome), la production d'eau oxygénée ( peroxyde toxique), le lysosome et l'activité destructrice des enzymes capables de dégrader les glucides, les protéines, les lipides et les acides nucléiques. Quelques microbes, producteurs de toxine, sont parfois ingérés, mais ne sont pas nécessairement tués. En effet, leur toxine peut même tuer les phagocytes. D'autres microbes se multiplient à l'intérieur du phagolysosome et finissent par détruire le phagocyte ou peuvent rester inactifs dans les phagocytes pendant des mois ou des années et reprennent leur activité pour des raisons inconnues.
L'immunité, c'est la capacité de produire un type de cellules ou un type de molécules (anticorps) spécifique pour détruire un antigène donné. Si un antigène s'infiltre dans l'organisme, un anticorps est produit pour le contrer. Pour de plus amples renseignements sur des expériences menées sur des rats, cliquez ici.
L'antigène
L'antigène est une protéine. En fait, toute substance chimique, lorsqu'introduite dans l'organisme, déclenche la production d'un anticorps spécifique pour neutraliser un antigène. Les microbes entiers tels que les bactéries ou les virus ou des parties de microbes peuvent agir comme des antigènes.
L'anticorps
Les anticorps ne se fixent pas sur toute la surface de l'antigène. Les anticorps réagissent avec les composés chimiques particuliers de l'antigène en des points précis de la surface de ce dernier: les déterminants antigéniques. L'anticorps est une protéine produite par l'organisme en réaction à la présence d'un antigène et qui est capable de reconnaître et de se combiner à l'antigène sur des sites spécifiques.
La capacité que possède l'organisme de se défendre contre les agents pathogènes tels que les bactéries, les toxines, les virus et les tissus étrangers est due à deux composants intimement liés entre eux. Le premier composant, l'immunité cellulaire, est la formation de lymphocytes spécialement sensibilisés, capables de se fixer aux substances étrangères et de les détruire. L'immunité cellulaire est particulièrement efficace contre les champignons, les parasites, les infections virales intracellulaires, les cellules cancéreuses et les greffons de tissus étrangers. Dans le second composant, l'immunité humorale, l'organisme produit des anticorps circulants, capables d'attaquer les agents envahisseurs. L'immunité humorale est particulièrement efficace contre les infections bactériennes et virales.
Les tissus lymphoïdes
Les tissus lymphoïdes sont situés de telle façon qu'ils sont capables d'intercepter un agent envahisseur et d'empêcher sa propagation dans la circulation systémique. Ces tissus sont surtout présents dans les ganglions et la rate. Ils sont formés de lymphocytes: les lymphocytes T interviennent dans l'immunité cellulaire et les lymphocytes B se transforment en plasmocytes spécialisés dans la production des anticorps et assurent l'immunité humorale.
La spécificité des lymphocytes
En tout temps, la plupart des lymphocytes T sont inactifs. Lorsqu'un antigène s'infiltre dans l'organisme, seul le lymphocyte T conçu pour réagir avec cet antigène est activé. L'activation se déclenche au moment où les macrophages phagocytent l'antigène et le mettent en présence du lymphocyte T. Une fois sensibilisés, les lymphocytes T augmentent de volume, se différencient et se divisent. Il y a plusieurs types de ces lymphocytes, mais en général, leur fonction est de se fixer sur les envahisseurs et de sécréter les lymphotoxines qui détruisent directement les antigènes.
Quant aux lymphocytes B, c'est différent. Les antigènes et lymphocytes B sont mis en contact dans les ganglions lymphatiques ; par la suite, les lymphocytes B, qui doivent réagir avec un antigène particulier, sont activés. Quelques-uns se dilatent, se divisent et se différencient en plasmocytes, sous l'action des hormones thymiques. Ceux-ci sécrètent les anticorps. La prolifération des lymphocytes B et leur différenciation en plasmocytes est activée par l'interleukine 1, sécrétée par les macrophages. Les lymphocytes B activés, qui ne se différencient pas en plasmocytes, restent dans l'organisme et sont appelés lymphocytes B à mémoire. Ces cellules réagiront plus rapidement et avec plus de puissance en cas d'une nouvelle attaque par le même antigène. Quand le complexe antigène-anticorps est formé, l'anticorps active les enzymes du complément destinées à produire une attaque et fixe le complément à la surface de l'antigène.
LA VACCINATION
La vaccination utilise un procédé qui fait intervenir ce genre de défense. Par une injection, on introduit un microbe atténué ou mort dans l'organisme. Les lymphocytes B sont stimulés et produisent des anticorps spécialement conçus pour le microbe injecté. Ce dernier est vaincu par les anticorps, car il est mort ou affaibli quand il est injecté. L'organisme fabrique des anticorps et des lymphocytes B à mémoire qui, à la prochaine invasion du même microbe, pourront se défendre plus vite et ainsi limiter les dangers et les dégâts.
LE VIRUS DU SIDA
Parlons maintenant du virus du SIDA. C'est un virus dit lent. Il passe une grande partie de son cycle à l'intérieur de la cellule, est inaccessible aux anticorps, toujours extracellulaires. Les lymphocytes T s'attaquent aux cellules du corps. Plus tard, il "cicatrisera" ces destructions après élimination du parasite. Si le virus parvient à s'échapper, cette destruction se prolonge. Pour ne pas être repéré, le virus dispose de trois façons: "virus caché" (pas d'antigène), "virus changeant" (nouvel antigène) et "virus transparent" (non-antigène).
Le "Virus caché" consiste en un arrêt de synthèse des protéines virales. C'est aussi appelé latence. Le virus est présent sous la forme d'un matériel génétique viral que l'organisme ne peut pas distinguer de son propre matériel. Le "Virus changeant" repose sur la variabilité des protéines virales. Un anticorps dirigé contre une protéine donnée ne le reconnaît plus si elle vient de modifier sa nature. Le "Virus transparent" consiste à se rendre "invisible" face au système immunitaire. Le virus modifie la qualité de l'antigène. Pour ce faire, le virus a deux choix, soit perturber les systèmes de reconnaissance des protéines étrangères, soit prendre l'aspect des protéines de l'organisme. Le virus du SIDA va même jusqu'à détruire la réponse immunitaire au complet. L'immunodéficience qui en résulte laisse le champ libre au virus ainsi qu'à divers autres microbes, qui aggravent le SIDA. On voit souvent des gens ayant le sida mourir d'une simple grippe ou d'une pneumonie. Donc, on ne meurt pas du SIDA mais de ses conséquences.
CONCLUSION
Le corps humain est la plus grande des merveilles du monde; tout en lui est calculé et tous nos organes fonctionnent de concert pour assurer notre survie. L'un de ces systèmes, le système immunitaire, est sans doute bien structuré, mais n'est pas infaillible! Il faut quelques fois l'aider avec des moyens extérieurs comme dans le cas du SIDA. Quoi qu'il en soit, nul n'est parfait! La recherche immunitaire est une lutte à poursuivre pour nous et pour tous les chercheurs du monde...
Annexe portant sur différents types de globules blancs
- Macrophages
- Phagocyte; préparation et mise en présence des antigènes étrangers et des lymphocytes; stimule la sécrétion d'interleukine 2 par les lymphocytes T; sécrétion d'interleukine 1.
- Lymphocytes
- Se différencient en plasmocytes producteurs d'anticorps.
- Plasmocytes
- Descendants des lymphocytes B qui produisent des anticorps.
- Lymphocytes T
- Se différencient en 6 types: cytotoxiques, suppresseurs, auxiliaires, d'hypersensibilité retardée, à mémoire.
BIBLIOGRAPHIE
1) Tortora Gérard J. et Anagnostakos Nicholas P. Principes d'anatomie et de physiologie, Centre Éducatif et Culturel inc., 1988, 888 p.
2) Science et vie, Dossier SIDA (hors série), numéro 179, juin 1992,160 p.
3) Département d'immunologie
http://www.pasteur.fr/Bio/rapports/imno-fr.html
Recherche : Angèle Mélina Morissette et Jean Papineau, Centre Le Goéland, Sherbrooke, QC
Page mise à jour : mercredi 1 octobre 1997
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