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Un poète-conteur
scientifique |
Animation scientifique
présentée par Sam Cannarozzi,
conteur professionnel français
Dimitri
Ivanovitch MENDELEEV (1834-1907) Questionneur acharné, scientifique accompli dans une kyrielle de disciplines et surtout reconnu mondialement comme le défricheur du tableau périodique, il mourra à 73 ans après avoir vu démarrer le XXe siècle.
Non seulement était-il un chercheur d'énigmes chimiques de son époque, il étudiait aussi des météorites et observait des éclipses solaires depuis sa montgolfière. Ses élèves le vénéraient comme «la science en personne». Et il avait également des connaissances colossales en mécanique, géologie, physiologie animale et végétale, agronomie ainsi qu'en aéronautique et artillerie.
On relate «lorsque dans l'amphithéâtre tout sombre, aux fenêtres masquées par les tilleuls du jardin de l'Université, ce titan, éclairé par la flamme rougeâtre d'un sel de strontium, nous parle des ponts de la connaissance jetés sur l'abîme de l'inconnu alors un frisson nerveux vous glace le dos».
Ses interrogations sur le météorologie, qu'il compare au spiritisme, côtoient sa prédiction que l'aluminium sera le métal de l'avenir (et on est en 1870!). Mais son langage ne s'est pas limité seulement au domaine technique. Sa langue, il l'avait aussi, bien pendue. Dans ses rivalités internationales, l'Anglais Lord Ramsay (découvreur de la plupart des gaz inertes) l'avait traité un jour de «l'étranger poilu». Mendeleev riposte en disant: «Les éléments que Ramsay a découverts sont aussi distants et snobs que lui. Ils ne s'associent avec aucun autre élément, surtout pas un élément étranger!» Il faut tout de même dire que Mendeleev est décrit parfois comme un gnome aux cheveux ébouriffés qui pouvait se mettre en colère en dansant comme un shaman sibérien sinon Rumelstiltskin
Pour
rectifier des errances et erreurs de la chimie moderne (il existait alors 19
formules pour désigner le vinaigre!), il a dû corriger les masses
de 28 des 63 éléments alors connus. Le chimiste anglais Robert
Boyle, vers 1650, avait définit comme élément, toute
substance qui ne pouvait pas être réduite à une substance
plus simple. Par la suite, Dalton
dressait une première table des masses atomiques, avec l'hydrogène
ayant une valeur de un. À partir de 1839, des nouveaux éléments
étaient désignés par une terminaison latine en ium,
sauf pour astate, et l'Allemand Berzélius proposait des abréviations
pour chaque élément en une ou deux lettres.
Mendeleev a devancé quelque 50 essais d'une périodicité d'éléments. Le Français Chancourtois avait aligné en trois dimensions différents éléments selon une certaine «vis tellurique» et par la suite John Newlands a découvert la loi des octaves en arrangeant des éléments selon leur masse atomique en lignes verticales d'ordre grandissant. Mais c'est enfin Mendeleev qu a réussi à voir une logique noyée dans une richesse de matériau apparemment sans concordances (dont la masse, la valence et d'autres propriétés). Et ainsi, il a fondé une classification que ne cessait d'être confirmée jusqu'à nos jours avec chaque nouvelle théorie en physique atomique.
Mendeleev a dit ceci à propos de sa découverte: «J'ai vu dans un rêve un tableau où tous les éléments tombaient à la bonne place.» Et si on veut bien croire la légende, c'est en jouant à des réussites écrivant sur des cartes blanches et les arrangeant selon des catégories et ordre ascendant de masse qu'il a trouvé la solution.
À Heidelberg, il fréquentait Erlenmeyer, Bunsen, Avogadro, le compositeur-chimiste Borodine. Il avait comme assistant un frère de Pavlov et sa fille a épousé le célèbre poète russe Alexandre Block. Ardent défenseur visionnaire du développement et du progrès de son pays, il était un admirateur de l'utopiste Robert Owen ainsi que de Jules Verne et partageait avec d'autres atomistes contemporains des idées sociales d'avant-garde.

Il vivait le chaos alchimiste de la belle époque où la physique de l'invisible progressait à pas de géant. À un moment, il donnait ce conseil à ses collègues: «La voie juste des chercheurs consiste à s'arracher de la Terre, à s'élever par la pensée le plus haut possible, mais ensuite, pour ne pas s'égarer, à s'orienter d'après la Terre, rectifier son vol et après monter encore plus haut. C'est seulement de cette façon, en se transportant graduellement de la Terre au ciel et en redescendant qu'on peut pénétrer jusqu'aux racine profondes et générales de la réalité.»
Mendeleev reflète, par son appétit insondable pour la structure et les propriétés de la matière, toute la complicité de sa découverte -mythologie, astronomie et fantaisie Et s'il était bien le 17e et dernier d'une grande famille, il a bien enfanté 109 autres.
Auprès d'un tombeau gravé simplement à son nom, le professeur Konovaloc a déclaré: «Dans la brume des atomes invisibles, tu as projeté une vive lumière sur le système harmonieux des éléments.»
Bibliographie
KOLODKINE, Paul. Dimitri Mendeleïev, Paris, Éditions Seghers, 1963, 223 p.
POSIN, Daniel Q. Mendeleev: The Story of a Great Scientist, New York: McGraw-Hill Book Company, Inc., 1947.
STRATHERN, Paul.
Mendeleev's Dream - The Quest for the Elements, Londres, Penguin, 2000,
309 p.
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Page mise à jour : le 18 juin 2002