Découvertes et inventions qui ont changé le monde...

par Geneviève Thibault Gervais

Depuis longtemps il est possible de croiser deux animaux ou deux végétaux provenant d'une même espèce afin d'obtenir un hybride. Désormais avec des méthodes révolutionnaires, encore très peu connues des scientifiques, il nous est possible d'introduire le gène d'une espèce donnée dans le génome d'une autre espèce.

Historique

C'est en 1972 que deux hommes réussissent pour la première fois cet exploit génétique. Le professeur de biochimie à l'Université de Californie à San Francisco, Herbert Boyer ainsi que le professeur de biochimie à l'Université Standford, Stanley Cohen ont mené à terme l'expérience suivante: transférer le gène d'un crapaud dans une bactérie. Dès lors la peur s'installe, est-il dangereux de modifier ainsi l'ADN d'un organisme? Quelles peuvent être les répercussions sur notre écosystème si de tels organismes génétiquement modifiés s'échappaient dans la nature?

Deux ans plus tard, c'est-à-dire en 1974, Cohen et Boyer font partie d'un groupe voulant que le gouvernement des États-Unis impose un moratoire sur le génie génétique. On demandait donc au gouvernement américain un temps d'arrêt pour les expériences afin de mieux connaître les dangers de la transgénèse. La pause fut brève, car en 1980 la Cour Suprême des États-Unis autorise les scientifiques à faire breveter les organismes qu'ils modifient génétiquement; par la suite la première souris transgénique est créée. Les recherches biomédicales progressent dès lors très rapidement.
Aujourd'hui plusieurs aliments sont modifiés génétiquement et tout porte à croire qu'il y en aura de plus en plus au cours des prochaines années.

Scientifique

Un organisme génétiquement modifié ou OGM est un organisme vivant créé par l'homme grâce à une manipulation génétique. Pour ce faire il faut insérer avec succès le gène désiré dans le génome d'une cellule d'un organisme à améliorer. Cette cellule produit dès lors une protéine qu'elle ne fabriquait pas avant. Le changement génétique est donc transmis à toutes les cellules de l'organisme, c'est pourquoi cette modification affecte toute la descendance de l'OGM, par exemple les graines, les fruits et les organes de reproduction végétative de la plante transgénique sont eux aussi modifiés.

Deux méthodes sont utilisées pour obtenir une plante transgénique: par transfert biologique et par transfert biolistique ou mécanique. Le transfert biologique s'effectue à l'aide d'une bactérie, l'Agrobactérium tuméfaciens, dont deux des principales caractéristiques est de pouvoir infecter de nombreuses plantes et de transférer de l'ADN dans leur génome. Les cellules reprogrammées se multiplient alors. La bactérie sert donc de véhicule pour l'ADN dans les plantes et les dote ainsi de nouvelles propriétés. Par contre certains végétaux sont réfractaires à la transformation de leur génome par l'intermédiaire d'une bactérie. L'utilisation de la deuxième méthode est donc maintenant nécessaire. Le transfert mécanique ou biolistique consiste à forcer l'entrée de la cellule végétale par une rupture mécanique de sa paroi. Pour réussir cet exploit on utilise un canon à particules. Cependant, malgré les techniques avancées des scientifiques il est plus que possible que le nouveau gène introduit dans la cellule ne s'intègre pas à son génome.

Impacts sur la société

En ce moment, 60 % des produits vendus dans les épiceries contiennent ou sont des organismes génétiquement modifiés et ce chiffre s'accroît avec les années. On demande donc l'étiquetage de ces produits mais les détaillants en alimentation du Québec s'y opposent, car cela pourrait inquiéter la population… A-t-elle raison de l'être puisque l'on ne connaît pas les effets à long terme d'une alimentation aux OGM?

Certains disent que non, qu'améliorer un organisme en transformant quelques gènes ne le rend pas toxique. On voit même avec l'arrivée de ce nouveau procédé une sorte de «Révolution Verte». Des tomates plus rouges, des patates qui ne noircissent plus, du maïs immunisé contre les insectes, donc une baisse de l'utilisation des pesticides, c'est-à-dire moins de pollution. En modifiant certains gènes on peut obtenir des bois de meilleure qualité et des arbres qui poussent plus vite, cette nouvelle alternative pourrait peut-être sauver notre végétation, puisque les arbres transgéniques seraient cultivés à des fins de production, ce qui donnerait un certain répit aux arbres naturels. On compte même avec les années trouver le gène responsable de l'intelligence et de la régénération du cerveau, serait-ce la fin de certaines maladies dégénératives ? De la luzerne anticancéreuse a même été créée, sans parler des bananes vaccins qui pourraient sauver la vie de milliers d'Africains.

D'autres croient qu'il est dangereux de se lancer dans de telles aventures, en milieu si peu connu. Leurs peurs sont sans doute liées aux multitudes de questions restant sans réponses dues au manque de connaissances des scientifiques.

- Que se passerait-il si un gène allergène de noix par exemple était transféré dans des légumes et des fruits?
- Quel pourrait être l'impact sur l'environnement?
- La transgénèse peut-elle mettre les espèces naturelles en danger?
- Quels sont les effets secondaires à long terme d'une alimentation aux OGM?

Certains faits prouvent aussi nos craintes, puisque par exemple les plantes sécrétant leurs propres pesticides peuvent nuire aux autres insectes et aux autres plantes qui eux ne sont pas nuisibles, de plus en étant en contact trop souvent avec un insecticide l'insecte devient alors immunisé contre celui-ci. Ainsi la résistance des insectes est produite plus rapidement.

Les produits génétiquement modifiés sont le sujet de nombreux débats, ce n'est donc que le début d'une guerre qui reste à suivre…


Bibliographie

«Le génie génétique», L'actualité, Hors série, Janvier 2000, p.104.

MCLNNIS, Doug. «Genes they're what's for dinner», Popular science, Hors série, Avril 2000, p. 64-67.

MUCKLE, Yan. «Monstres roses dans la soupe bleue», L'actualité, Hors série, Avril 2000, p. 38-40.

STANTON, Danielle. «Les aliments mutants», L'actualité, Hors série, Août 1999, p. 20-28.

CFS - GNIS - UIPP. (Page consultée le 20 avril 2000). Les plantes génétiquement modifiées, [En ligne]. Adresse URL:http://www.ogm.org/

Sacrée Terre! (Page consultée le 20 avril 2000). OGM : La guerre du troisième millénaire!, [En ligne]. Adresse URL:http://terresacree.org/ogmouvie.htm

Validation du contenu: Annette Latour-Briand
Révision linguistique : Annette Latour-Briand

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