Les États-Unis commencèrent par faire un programme pour coordonner les recherches qui se situaient dans quatre centres principaux: les universités de Columbia, de Princeton, de Chicago et de Berkeley. Les étapes du programme étaient claires: juillet 1942: obtenir l'assurance théorique de la possibilité d'une réaction en chaîne, janvier 1943: réaliser la première réaction en chaîne contrôlée et janvier 1945: posséder la bombe atomique.
Dès mars 1941, on avait écrit: "La première vérification de la théorie nous a donné une réponse totalement positive; de ce fait, l'ensemble du projet paraît réalisable, à la condition que les problèmes techniques de séparation isotopique soient résolus d'une façon satisfaisante[...]."
Le dernier problème consistait donc à la production d'un matériau fissile en quantité suffisante.
À la mi-septembre 1942, le général Leslie Groves fut contacté par le secrétaire à la guerre: "Les recherches de base et leur développement sont choses faites; vous n'avez plus qu'à prendre les projets encore à l'état d'ébauches et les mener à bonne fin, puis établir un plan pour créer une force opérationnelle. À ce moment, votre travail sera terminé et la guerre de même". Le général Groves fut alors placé à la tête d'un groupe de techniciens et de savants. On recruta des milliers d'ingénieurs et de techniciens parmi lesquels se trouvaient de nombreux émigrés d'Europe. L'équipe de travail du "Projet Manhattan" fut finalement complète.
En janvier 1939, un certain Frédéric Joliot et deux de ses collègues, Von Halban et Kowarski, poursuivaient leurs études au Collège de France. Ils démontrèrent par leurs expériences sur la fission des noyaux d'uranium que ceux-ci formaient des noyaux qui eux, à leur tour, pouvaient casser d'autres noyaux d'uranium.
Pour que la réaction en chaîne se fasse, plusieurs conditions devaient être respectées. Les facteurs impliqués étaient: la nature et les proportions des substances, les matériaux de structure, les modérateurs (eau, eau lourde (dont l'hydrogène est l'isotope appelé deutérium), graphite). Il y avait aussi la géométrie des matières fissiles, c'est-à-dire le combustible nucléaire utilisé qui, le plus souvent, est l'uranium naturel ou enrichi en isotope U-235.
Mais comment se fait exactement la réaction en chaîne? Elle commence par la fission, rupture d'un gros noyau, suivi d'un dégagement d'énergie et de deux ou trois neutrons. Les fissions en cascades, c'est-à-dire la fission d'un noyau qui provoque la fission d'un autre et ainsi de suite, constituent ce qu'on appelle une réaction en chaîne. Dans un réacteur nucléaire, la réaction en chaîne est stabilisée quand une grande partie des neutrons sont capturés. Ainsi, ils ne produiront pas de nouvelles fissions et la quantité d'énergie dégagée sera maîtrisée. Par contre, dans la bombe, la réaction nucléaire entretenue doit alors être la plus grosse possible dans un temps le plus restreint et ainsi cela favorisera sa croissance rapide et continue.
Pour qu'il y ait une réaction, il faut que la matière fissile soit présente en grande quantité. C'est ici qu'entre en considération la masse critique. Si la surface de la matière fissile pure est trop petite, les neutrons s'en échapperont. Pour qu'une réaction ait lieu, la masse contenue, par exemple dans une sphère assez grosse d'uranium, laissera s'échapper des neutrons qui ne pourront provoquer de fission et cela sera compensé par les fissions suivantes. La quantité de matière dont nous avons besoin pour la réaction en chaîne est ce qu'on appelle la masse critique. Dans la bombe, la matière fissile doit être supérieure à la masse critique et immédiatement assemblée et gardée en cohésion environ pendant un millionième de seconde. Ce qui propagera la réaction en chaîne avant que la bombe explose.
En résumé, pour que la réaction nucléaire entretenue se fasse, il faut mettre en commun un même volume ainsi qu'une masse suffisante de matière fissile pour que le nombre de neutrons en fission puisse atteindre le niveau suivant. La masse critique est très utilisée dans le domaine militaire. Pour avoir une explosion nucléaire, la réaction doit être spontanée et sans limite.
Suite à ses travaux de recherche, Fermi et ses collaborateurs décidèrent de démontrer que c'était possible d'entretenir une réaction en chaîne. Le réacteur qu'ils décidèrent de construire fut installé sous les gradins du stade de Stagg Field à l'Université de Chicago. L'expérience fut faite le 2 décembre 1942. À Chicago, Fermi construisit la première pile atomique du monde. On pouvait donc dire que l'énergie nucléaire était maîtrisée…
Des
centaines de génies scientifiques travaillèrent avec acharnement
à l'élaboration de la bombe dans le laboratoire ultra secret de
Los Alamos, lieu étrange situé à près de 2000 mètres
d'altitude sur un plateau du Nouveau-Mexique. Il s'agissait d'un immense village
construit par l'armée américaine au milieu du désert. Des
centaines de physiciens, dont 20 Prix Nobel ou futurs Prix Nobel, y travaillaient
ainsi que quelque 2000 techniciens et chercheurs dont 600 militaires. Ils travaillaient
dans le plus grand secret. Les enfants nés sur place n'avaient d'ailleurs
pas de lieu de naissance sur leur carte d'identité. L'équipe de
savants, dirigée par Robert Oppenheimer, étudiait l'architecture
de la bombe. Elle avait le mandat de construire la bombe nucléaire. Ce
qu'elle réalisera à l'été 1945.

Afin de procéder à l'essai, il fallait choisir un secteur inhabité. Situé dans le désert du Nouveau-Mexique, à 350 km de Los Alamos et à 35 km de l'agglomération la plus proche, Alamogordo fut la cible choisie.
Le 16 juillet,
en fin de nuit, les conditions météorologiques furent considérées
comme satisfaisantes. Peu après 5 heures du matin intervint la première
explosion nucléaire de l'histoire. La toute première bombe au
plutonium, baptisée "Trinity" explosa: un éclair aveuglant, encore
insoutenable à 35 km, suivi d'une énorme détonation. "La
région entière s'illumina sous une lumière éblouissante
bien des fois supérieures en intensité à celle du soleil
en plein midi. Trente secondes plus tard, on entendit une explosion. Le déplacement
d'air frappa violemment les gens et puis, presque immédiatement, un coup
de tonnerre assourdissant et interminable. Un nuage compact, massif, se forma
puis monta en fluctuation avec une puissance effrayante. À la première
explosion se succédèrent deux autres explosions de moindre luminosité.
Le nuage monta puis prit la forme d'un champignon, s'allongea et s'éparpilla
dans plusieurs directions. Le chef des essais, Kenneth Bainbridge, murmura à
Oppenheimer: "À partir de maintenant, nous sommes tous des fils de pute…"."
L'explosion de la bombe, qui fut filmée par les plus grands scientifiques, fut évaluée à 20 000 tonnes de TNT.