En bas!

Holmium

par Dana Hasbini et Rouba Zein



Chère Samarium,

J’ai une bonne nouvelle à t’annoncer. Je suis enfin libéré de mon travail qui nous a si cruellement séparés. Les humains avec lesquels je travaillais ne sont pas aussi heureux que je le suis. Contrairement à ce que tu t’imaginais, je ne t’ai pas oubliée. Je sais que tu attendais depuis si longtemps que je te déclare mon amour. Malheureusement je n’en ai pas eu souvent l’occasion, car mon travail ne me le permettait pas. En lisant ce qui suit, tu auras la preuve de l’amour que j’ai pour toi et que je ne t’ai jamais avoué.

Comme tu le sais, j’ai beaucoup d’admiratrices. Bien sûr, qui pourrait résister à ma somptueuse couleur argentée? Voici quelques secrets que je n'ai pas osé te dire. La première fois que je t’ai rencontrée, ma température est montée à 1470,0 °C, ce qui est ma température de fusion. Ah! oui! Tu dois être fière de toi, tu es la seule qui a réussi à me séduire. Il y a quelques temps, j’ai décidé de perdre du poids pour être encore plus charmant que je ne le suis. Malgré mes multiples diètes, ma masse volumique n’a guère changé. Elle est restée stable à 8,54 g/cm3.
En 1878, Jacques Louis Soret a eu la chance exceptionnelle de me découvrir. Au cas où tu ne le saurais pas, je suis très dur à trouver. Néanmoins, ce jour-là, je ne m’étais pas vraiment caché. En effet, je suis le 55e plus rare métal de la Terre. C’est sans doute pour cette raison que je suis si orgueilleux. Pourtant, dans ma famille, les Lanthanides, nous détenons tous ce trait de personnalité qui, à mon avis, n’est pas un défaut. Mon nom Holmium que tu apprécies tant, vient du mot Holmia qui est le nom latin de la ville de Stockholm. Comme tu es une personne très spéciale pour moi, je t’accorde le privilège de m’appeler par mon surnom «Ho», et de grâce, ne te moque pas de moi!

Toi qui prétends si bien me connaître, tu devrais savoir que mon numéro atomique est 67. Tu sais bien qu’il y a autant de protons que d’électrons. Ce qui veut dire que j’ai aussi 67 électrons. En plus, il paraît que mon noyau compte 98 neutrons. Comme tous les éléments, la configuration électronique débute toujours par les chiffres 2 et 8 suivis par d’autres chiffres. En ce qui me concerne, ma configuration électronique est représentée par la série suivante: 2-8-18-29-8-2. Tout au début de ma lettre, je t’ai mentionné que la première fois que je t’ai vue, ma température de fusion est montée. Mais, crois-moi, ce n’est rien comparé au jour où je te reverrai, car ma température atteindra certainement mon point d’ébullition (2720,0 °C). Ma masse atomique n’a guère changé, elle est toujours 164,93031 uma. En ce qui me concerne, je suis très fier de la façon dont je suis constitué. Je doute que ce soit le cas de mes frères Terbium, Lutécium et Erbium. Je suis Holmium et j’en suis fier.

Ah! ma chérie, j’ai failli oublier de te parler de mes quatre jumeaux: Ho-163, Ho-165, Ho-166 et Ho-167. Je serais très déçu s’il fallait un jour que j’apprenne que l’un d’eux aurait plus de valeur à tes yeux que moi. Bien sûr, cela n’est que de la pure imagination. Même si nous sommes d’égale beauté, je me distinguerais toujours, car je suis le plus romantique.

J’ai entendu dire que je ressemblais à Dysprosium, un personnage métallique qui absorbe les neutrons. Je trouve cela absurde! Comment peut-on me comparer à un tel métal? Nous, les Holmium, sommes uniques. Nous n’apprécions pas le fait d’être comparés à quiconque. Ma douce Samarium, tu dois sûrement penser que j’exagère et que c’est juste une autre de mes crises de vanité. Néanmoins, en lisant ce qui suit, tu changeras certainement d’idée.

Pour commencer, te souviens-tu du jour où ces scientifiques nous séparâmes pour la première fois? Oh! que ces homo-sapiens sont cruels. La raison de mon départ était en rapport avec mon utilité. Pour eux, je suis indispensable dans les réacteurs nucléaires. Il paraît que je me consume tout en empêchant la réaction nucléaire d’échapper au contrôle de l’opérateur. Enfin, c’est ce qu’ils affirment. Mais au fond de moi, je sais que je suis encore plus important que ça.

Ah! oui! Travailler à la centrale nucléaire n’était pas une partie de plaisir. Encore un peu et ma fierté d’être un Holmium allait disparaître. Heureusement que la centrale a fermé ses portes pour des raisons environnementales.

Effaçons notre passé et essayons de construire notre avenir à deux. Samarium, tu sais maintenant tous les sentiments que j’éprouve à ton égard. Mais il y a toujours une question qui m’angoisse et que je n’ose pas te poser. Voudrais-tu me débarrasser de mon anxiété et, de grâce, m’épouser?


Ton amour, Holmium

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Bibliographie

Grand dictionnaire encyclopédique, Paris, Larousse, 1985, 10 vol.
Lapp, Ralph E. et les Rédacteurs de LIFE. La matière, États-Unis, Times inc., 1965, 200 p.
Sienko, Michel J. et Robert A. Plane. Chimie, Québec, Les presses de l'Université Laval, 1965, 609 p.
 
SARGENT-WELCH. Table périodique des éléments, a vwr company, 1996.
 
« Holmium». Encyclopédie Microsoft Encarta 97 [CD-ROM]. Microsoft Corporation, 1996.
 
Winter, Mark. (Page consultée le 24 septembre 1999). WebElements, [En ligne]. Adresse URL: http://www.shef.ac.uk/~chem/web-elements/

Recherche : Dana Hasbini et Rouba Zein, La Dauversière, Montréal (Québec), CANADA.
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Page mise à jour : le 08/02/2000
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