En bas!

Xénon

par Jean-Philippe Couillard et François Lapierre



Mon très cher frère Hélium,

Ceci se veut être une lettre d'invitation à une soirée meurtre et mystère, une grande fête de la huitième famille des éléments du tableau périodique. Comme nous sommes une famille «snob», n'oublie pas de porter sur toi ton noyau contenant tes deux protons et tes deux neutrons. Nous jouerons à un jeu où chaque invité doit mentionner ses propriétés caractéristiques afin d'être identifié clairement. Je vais te donner un exemple de ce que ça pourrait ressembler.

En 1898, les chimistes britanniques William Ramsay et Morris Travers m'ont découvert et ils croyaient que j'étais chimiquement inerte, mais depuis 1962, on m'a jumelé avec d'autres composés. On m'a découvert en même temps que nos frères Krypton et Néon. Toi, c'est l'astronome français Pierre Janssen qui t'a découvert dans un spectre de la couronne solaire, pendant une éclipse en 1868. Peu de temps après, tu as été identifié comme étant un élément par le chimiste britannique Sir Edwards Frankland et par l'astronome britannique Sir Joseph Norman Lockyer. Tu as été isolé pour la première fois d'une source terrestre en 1895 par un de mes pères adoptifs, le chimiste britannique Sir William Ramsay, qui t'a découvert dans la clévéite, un composé minéral contenant de l'uranium. En 1907, le physicien britannique Sir Ernest Rutherford montra que les particules alpha provenaient de ton noyau.

Je pèse 131,3 u de masse atomique, je me fusionne pour exploser à 161,39 K, mon corps se met à bouillonner à 165,1 K et ma masse volumique est de 5,9 g/cm3 à 20 oC. Toi, tu es très mince avec tes 4,002 u de masse atomique, tu te solidifies à 0,95 K à des pressions supérieures à 25 atm, tu bous de rage à 4,216 K et tu es très dense, 0,1785 g/cm3.

On me retrouve principalement dans les appareils d'éclairage tels que les tubes photographiques à grande vitesse. Depuis environ trois ans, plusieurs constructeurs automobiles me proposent en option pour remplacer l'halogène dans les phares des automobiles. Comme les coûts de développement et de production sont relativement élevés, on m'utilise dans les voitures de grand luxe comme les BMW, les Porche, les Mercedes-Benz et les Audis. La vision est meilleure et la fatigue des yeux est beaucoup moins grande, car mon éclairage ressemble à la lumière du jour. On dit de moi que je suis cinq fois plus durable que les halogènes et grâce à moi, la puissance absorbée en watts est réduite.

En ce qui te concerne, tu es incombustible et tu as 92 % de la puissance de poussée d'Hydrogène, tu es le gaz préféré pour soulever les aérostats. Tu es utilisé pour pressuriser les réservoirs d'Hydrogène liquide parce que tu restes gazeux même à basse température. D'après les scientifiques, on pourrait t'utiliser comme échangeur de chaleur dans les réacteurs nucléaires puisque tu restes chimiquement inerte et tu es non radioactif. Tu es très utile pour remplacer Mme Azote dans l'atmosphère synthétique respirée par les plongeurs des grandes profondeurs, car tu diminues la sensibilité aux problèmes occasionnés dans ces conditions. En chirurgie, tes rayons ionisés d'un synchrocyclotron sont très efficaces dans les traitements de tumeurs oculaires.

Malheureusement, nous ne pouvons former des composés ensemble. Comme mon dernier niveau d'énergie est saturé à huit électrons et que le tien l'est à deux électrons, nous sommes complets. Nous ne pouvons former des liaisons ioniques, car ces dernières impliquent des liaisons entre des métaux et des non-métaux, ce qui en résulte un transfert d'électrons du métal vers le non-métal et nous ne pouvons pas justement parce que nous sommes saturés. Nous ne pouvons faire de liaisons covalentes puisque les liaisons covalentes résultent d'un partage d'électrons entre deux non-métaux et comme nous sommes complets, nous ne pouvons en partager avec d'autres non-métaux. En 1932, le chimiste américain Linus Pauling a remarqué que tous les éléments sans exception, même les gaz inertes, pouvaient être dépouillés de leurs électrons. Il a prédit que les gaz inertes les plus lourds pourraient former des composés chimiques avec des éléments particulièrement réceptifs aux électrons. Comme je suis stable et qu'on me retrouve en petite quantité dans l'atmosphère, il y avait un intérêt à ce que je forme un composé avec Fluor, car ce dernier est très avide d'électrons. En 1962, le chimiste Neil Bartlett, qui travaillait sur un nouveau composé, l'hexafluorure de platine (PtF6), réalisa que ce dernier était avide d'électrons, presque autant que Fluor. Si le PtF6 était capable d'arracher des électrons à Oxygène, il devait pouvoir en faire autant avec Xénon. Bartlett tenta l'expérience et l'existence du platino-fluorure de Xénon (XePtF6) fut proclamée. Les seules associations possibles pour moi sont avec Fluor, Platine, Oxygène et Sodium, comme par exemple le platino-fluorure de xénon (XePtF6), le difluore de xénon (XeF2), l'oxytétrafluorure de xénon (XeOF4), sans oublier l'acide xénique (H2XeO4) et le xénate de sodium (Na4XeO6). Le plus intéressant de tous est le trioxyde de xénon (XeO3) qui explose avec une facilité dangereuse. Les gaz inertes plus légers comme Argon, Néon, et toi, mon frère Hélium, vous êtes moins enclins à partager vos électrons que nos frères lourds et vous restez encore inertes face à toutes les sollicitations des chimistes.

Dans l'attente de ta réponse, je te prie d'agréer, mon frère Hélium, l'expression de mes sentiments distingués.


Ton petit frère Xénon



Bibliographie

ASIMOV, Isaac. L'univers de la science, Paris, Inter Éditions, 1986, 939 p.
 
SARGENT-WELCH. Tableau périodique des éléments, a vwr company, 1996.
 
«Hélium». Encyclopédie Microsoft Encarta 98 [CD-ROM]. Microsoft Corporation, 1997.
«Xénon». Encyclopédie Microsoft Encarta 98 [CD-ROM]. Microsoft Corporation, 1997.
Duval, Jacques. (1999, Janvier). «Toute la lumière sur les nouveaux phares «high tech»». La Presse [CD-ROM]. Actualité/Québec, Version 3.36, Outremont, CEDROM-SNi, Juin 1996.
 
Lycée Galilée. (Page consultée le 9 février 2000). Xénon, [En ligne]. Adresse URL: http://www.ac-rouen.fr/lycees/galilee/xenon.htm

Recherche : Jean-Philippe Couillard et François Lapierre, Centre Le Goéland, Sherbrooke (Québec), CANADA.
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Page mise à jour : le 05/04/2000
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