
Bonjour cher fils Plutonium,
Je dois m'absenter quelques jours, alors j'ai décidé de t'écrire pour te dire combien je t'aime et à quel point je suis heureux de t'avoir découvert. Je vais me décrire un peu pour que, plus tard, si tu conserves cette lettre, lorsque je serai mort, tu puisses te rappeler de moi, ton père, le grand Glenn Théodore Seaborg qui t'a découvert, mon cher Plutonium.
Je suis né en 1912 aux États-Unis. J'ai fait mes études à l'Université de Californie en chimie, comme tu peux t'en douter, et, en 1939, j'y ai enseigné. En 1941, avec mon ami Edwin McMillan, je t'ai découvert. Tu étais tellement beau que j'ai décidé de te garder. Depuis ce jour, j'ai beaucoup travaillé sur toi. Bien sûr, j'ai fait bien attention de ne pas te faire mal et grâce à ça, en 1951, avec mon ami McMillan, nous avons gagné le prix Nobel de chimie.
Tu sais Plutonium, tu as une grande famille qu'on appelle les Actinides. Il y a Thorium, Protactinium, Uranium, Neptunium, Américium, Curium, Berkélium, Californium, Einsteinium, Fermium, Mendélévium, Nobélium et bien sûr, Lawrencium.
Je t'ai découvert par la fission des neutrons lents. Par la suite, on a trouvé que tu existais dans les gisements naturels d'Uranium et que tu étais plus fissible que U-235. On voulait savoir si avec toi, on pouvait éviter de séparer les isotopes d'Uranium, car c'est une opération très délicate. Pour ce faire, il a fallu te produire en quantité suffisante pour définir les propriétés nucléaires. En 1941, on a pu t'utiliser comme combustible nucléaire. Il y avait deux façons de construire la bombe atomique: séparer les isotopes d'Uranium ou te préparer en quantité suffisante. Pour te préparer en quantité suffisante, il fallait construire un réacteur nucléaire où tu devais te former et ensuite te séparer des autres composés, puis te purifier. Une fois ces étapes complétées, il restait seulement à construire la bombe. Quatre années se sont écoulées entre ta découverte et la réalisation de la première bombe atomique.
Je ne sais pas comment t'avouer cette réalité, mais mes nombreux associés de l'Université Berkeley et moi sommes très enjoués de ta découverte en 1941, même si tu ne sèmes pas que le bien. Bien entendu, tu présentes un danger extrême surtout quand tu es présent dans les réacteurs et les armes nucléaires sans mentionner que ta radioactivité est très élevée. Par contre, tu as quand même de bons côtés puisque tu as réussi, grâce à la chaleur que tu dégages, à fournir de l'énergie aux équipements débarqués sur la Lune. Malgré ta belle apparence, tu ne savais sans doute pas que tu avais un jumeau presque identique, Lanthanide. Vous êtes tous deux des métaux argentés qui deviennent légèrement jaunes par l'oxydation de l'air. Je me souviens, cher fils, d'une fois où j'ai voulu prendre ta température, tu fondais dans mes mains à 640 °C et je me suis inquiété lorsque j'ai vu que tu bouillais à 3230 °C, mais mes collègues m'ont bien rassuré que, pour ta densité de 19,34 g/cm3, c'était normal. J'ai eu quand même très peur de te perdre, mais enfin, ce ne sont que d'horribles souvenirs à oublier.
Je dois t'avouer que cela m'attriste de voir que tu ne prodigues pas beaucoup d'efforts pour conserver l'environnement et la société, car on ne sait même plus où mettre tous tes nombreux rebuts. Je ne sais pas si tu le savais, mais seulement 27 microgrammes de tes déchets peuvent causer un cancer chez un adulte. Donc, avec 600 grammes, on pourrait tuer les ¾ de la population du Canada. Tu serais surpris si je t'annonçais que seulement ton transport présente un risque sérieux pour la santé et la sécurité publique. Je suis démuni devant ces immenses tracas, tu causes beaucoup trop d'ennuis. Il faut trouver une solution pour les barres de combustibles brûlées lorsqu'elles sont déchargées d'un réacteur puisqu'elles contiennent de multiples produits dangereux en raison de leur radioactivité. Pour l'instant, on estime le stock militaire mondial actuel à près de 300 tonnes et si on ne trouve rien, le contenu dans les combustibles irradiés de toutes les centrales du monde représenterait 1 500 tonnes en l'an 2000. Lorsque je t'ai conçu, je ne savais pas que tu aurais une demi-vie de 24 386 années. Tu te rappelles sûrement de la bombe atomique de Nagasaki et bien, avec quelques kilogrammes de ta personne, on pourrait faire une bombe capable de détruire une ville entière. Tu pourrais contaminer les sols et les édifices et il s'avérerait très difficile et coûteux de se débarrasser de toi. Maintenant que tu es grand, tu pourras sans doute te sortir de cette embûche. Il ne me reste qu'à te dire bonne chance, mon fils.
Ton père, Glenn Théodore
Bibliographie
Disques optiques compacts
Denis-Lempereur, Jacqueline, et Bertrand Latome. (1992, Décembre). «Qui a peur du Plutonium?» [CD-ROM], CD Sciences - Banque de textes scientifiques, CEDROM-SNi, Version 3.11, Outremont, Janvier 1993.
«Plutonium». Encyclopédie Microsoft Encarta 97 [CD-ROM]. © & ® 1993-1996, Microsoft Corporation, 1996.
«Seaborg Glenn Théodore». Encyclopédie Microsoft Encarta 97 [CD-ROM]. © & ® 1993-1996, Microsoft Corporation, 1996.
Document dans W3
Ostling, Kristen. (Page consultée le 12 septembre 1997). Du plutonium militaire dans les candu? Non merci!, [En ligne]. Adresse URL: http://www.ccnr.org/cnp_alert_f.html
Recherche : Marie-Claude Tessier, Centre Le Goéland, Sherbrooke, QC

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