En bas!

Bernard Courtois

par Simon Nadeau et Migüel Turgeon



Cher Fils!

Et oui, c'est moi ton père, Bernard Courtois. Je serai bref. Je trouve inadmissible que tu sois couvert de gloire.

C'est moi qui t'ai découvert en 1811 dans l'eau de mer et je trouve qu'on m'a trop vite oublié. Je sais tout de toi. Depuis ta naissance, tu as 53 protons et 53 électrons, tu as un seul frère jumeau stable qui se nomme I-127, mais, grâce à la technologie, tu as plusieurs frères jumeaux radioactifs qu'on a clonés en laboratoire. Par contre, cette technologie-là n'existant pas dans mon temps, je n'ai pas pu rencontrer tes frères jumeaux et à leur naissance, j'étais déjà mort! Si tu veux les retrouver, en voici quelques-uns: I-125, I-128, I-131 et I-133; on ne pouvait pas, au fond, les appeler autrement. Et puis, j'ai remarqué que tu avais toujours un faible pour la couleur grise; amusant, car les vapeurs que tu laisses échapper sont violettes. C'est un peu pour ça que je t'ai appelé Iode, selon le mot grec iodes, ce qui veut dire violet.

Parlons franchement Iode, c'est toi qui a provoqué ma déchéance. Grâce à toi, j'espérais connaître la gloire, la célébrité, être enfin reconnu pour ce que je suis! Aujourd'hui, personne ne se souvient de moi, de mon image, de mon nom; Bernard le pauvre Courtois, mais qui est-ce? Toi, ma progéniture, tu as eu toute la gloire, par ta présence dans la glande thyroïde, parce que tu aides le métabolisme en général, et la croissance et l'évolution des individus. En plus tu es très utile à la médecine comme élément traceur en radiologie, comme antiseptique et dans le traitement des scrofules. Toi, tu as eu tous les bienfaits de la gloire et moi, la déchéance: je suis mort trop jeune, à 61 ans, et sans le sou. Tu as révélé tes atouts bien après ma mort, ce qui m'a fait bien mal au coeur, ici d'où je t'observe. J'aurais bien aimé que tu te révèles avant; néanmoins, le seul mérite que j'ai eu en te découvrant, c'est un malheureux prix de l'Académie des Sciences en 1832. Toi, Iode mon fils, égoïste, tu vis pendant que mes petites fesses brûlent en enfer! Et j'en ai pour l'éternité, moi! Je souffre et toi, tu connais la gloire. Bah, au fond, je peux me réjouir qu'un de nous deux goûte à la célébrité. Je te souhaite quand même d'évoluer encore et que tous tes frères continuent aussi sur cette lancée…

Iode, je te demande pardon. Mais cette lettre m'a fait le plus grand bien. J'avais besoin d'extirper toute cette haine qui me hantait depuis plusieurs années. J'espère que ça ne t'a pas trop blessé? Quand je pense à tout ce que tu réalises en médecine, c'est tout de même incroyable!

En espérant ne jamais te revoir,
Bernard



Bibliographie

PASCAL, Georges. Educatec - Nouvelle encyclopédie internationale Focus, Paris, Éditions Bordas*Collier, 1982, Tome 8.

SARGENT-WELCH. Tableau périodique des éléments, a vwr company, 1996.

Perrault, Danielle. (1996, Octobre). «Une affaire de glande thyroïde». La Presse [CD-ROM]. CD Actualité/Québec, Version 3.36, Outremont, CEDROM-SNi, Juin 1996.

24 pm copyright. (Page consultée le 27 septembre 2000). Bernard Courtois, [En ligne]. Adresse URL: http://perso.club-internet.fr/dijon21/courtois.htm

Heilman, Chris. (Page consultée le 28 septembre 2000). Iodine, [En ligne]. Adresse URL: http://140.198.18.108/periodic/I.html

Pondaven, Per, et Yann Rioux. (Page consultée le 28 septembre 2000). La toponymie, [En ligne]. Adresse URL: http://perso.libertysurf.fr/lambaol/topo/expltopo.htm

 

Recherche : Simon Nadeau et Migüel Turgeon, Centre Le Goéland, Sherbrooke (Québec), CANADA.
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Révision linguistique : Béatrice Migneault


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Page mise à jour : le 2 décembre 2000
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