![]() |
Depuis bien des années, la chimie a pu évoluer grâce à de nombreux chercheurs. Jacques-Alexandre Charles découvrit, en 1790, la relation proportionnelle entre le volume et la température d'un gaz. De son côté, Lord Kelvin fabriqua, en 1848, une échelle en Kelvin pour déterminer la température. Aujourd'hui aussi plusieurs découvertes participent à l'évolution constante de la chimie. Pierre Deslongchamps compte parmi ceux qui y contribuent: le ryanodol est certes l'une de ses découvertes les plus importantes. Une courte biographie, quelques explications sur sa découverte et ses impacts, ainsi qu'une conclusion seront nécessaires afin de connaître ce chercheur renommé, Pierre Deslongchamps.
Biographie
Pierre Deslongchamps est né le 8 mai 1938 à Saint-Lin au Québec. Ses études les plus importantes débutent en 1959, alors qu'il termine son baccalauréat ès sciences en chimie, à l'Université de Montréal. Il compléta également un doctorat à l'Université du Nouveau-Brunswick en 1964, une école très réputée en chimie organique. Il alla aussi à Harvard, aux États-Unis, où il accomplit des recherches post-doctorales sur la synthèse de la vitamine B12. À cet endroit, il eut la chance de travailler avec un homme ayant été nobélisé, R. B. Woodward.
Il reçut plusieurs mentions honorables au cours de sa vie, et ce, depuis le tout début de sa carrière. Parmi les mentions les plus gratifiantes, on note en 1971 le prix du Scientifique du Québec. En 1975, on lui remet la médaille Vincent de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences, qu'il reçoit une seconde fois en 1979. En 1987, on lui décerne le prix Marie-Victorin. En 1993, on lui remet la Médaille d'or en sciences et en génie du Canada, décerné par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie. Il reçoit à nouveau en 1997 le prix Marie-Victorin dans la catégorie chimiste de l'année.
Pierre Deslongchamps ne s'est toutefois pas contenté de ses expériences en laboratoire. Il est devenu un homme d'affaires réputé pour traiter de techniques pharmaceutiques. En effet, Pierre Deslongchamps affirme qu'il doit sa réputation à ses compétences en matière de synthèse des molécules en laboratoire. C'est en traitant avec l'une des molécules les plus complexes en raison de sa grande toxicité, le ryanodol, que Pierre Deslongchamps met en place de nouvelles stratégies de synthèse et une approche différente et révolutionnaire pour l'époque. Outre le simple fait d'avoir divisé la molécule du ryanodol, il a également développé, à travers cette synthèse, des stratégies de reconstruction moléculaire inédites, susceptibles d'alimenter, au siècle prochain, tous ces grands fabricants de molécules que sont les compagnies pharmaceutiques. Pierre Deslongchamps, suite à ses nombreuses expériences, fut ainsi l'auteur de neuf brevets d'invention et de plus de deux cents publications dans divers journaux scientifiques. Il est président-fondateur de la compagnie Néokimia inc. depuis 1996 et participe à différents congrès au sein des compagnies pharmaceutiques.
Découverte
Peu de temps après son arrivée à l'Université de Sherbrooke, Pierre Deslongchamps débuta la synthèse du ryanodol qui présente une composition moléculaire très complexe, presque impossible à synthétiser. Cette substance est tout simplement l'un des composants d'un insecticide provenant d'un petit arbuste tropical nommé Ryania speciosa Vahl. Depuis environ cinquante ans, la tige de cette plante est pulvérisée et l'on retrouve dans cette poudre des structures toutes reliées les unes aux autres: du ryanoid, de la ryanodine, du déshydroryanodine et du ryanodol. C'est la ryanodine qui cause la paralysie chez les insectes ainsi que chez tous les vertébrés. Cependant, la ryanodine devient du ryanodol car une réaction d'hydrolyse se produit, ce qui fait en sorte que l'on perd les groupements de déshydroryanodine ainsi que ceux de la ryanodine même. C'est aussi pour cette raison que R (ryanodol) devient du H (hydrogène). Voici à quoi ressemble la ryanodine, qui est en fait le ryanodol:
![]()
Pour Pierre Deslongchamps, ce schéma n'est certainement pas compliqué étant donné qu'il est un expert de la synthèse organique. Ce qui le motivait dans cette synthèse ou «construction» du ryanodol, c'était justement sa complexité très grande. Pierre Deslongschamps connaissait plusieurs méthodes pour synthétiser des molécules, mais aucune ne pouvait s'appliquer au ryanodol, car cela lui aurait demandé trop d'opérations sans être assuré d'arriver à décomposer le ryanodol. C'est pour cette raison que cette substance offrait à M. Deslongchamps la possibilité de trouver de nouvelles méthodes pour arriver à le synthétiser. Cet extrait démontre très bien sa motivation: «C'est comme viser le plus haut sommet, l'Everest […]. Après l'avoir escaladé, on ne part pas avec la montagne, mais on retient toutes les nouvelles stratégies, les moyens ingénieux, les découvertes surprises qui ont permis d'atteindre le sommet plus rapidement […]. Grâce à ces nouvelles connaissances, on est maintenant en mesure d'escalader une foule d'autres sommets.» Cette recherche très longue n'était pas vouée à des fins monétaires ou commerciales car cette substance est très toxique. Il s'agissait davantage d'une recherche fondamentale.
Cette recherche, accomplie avec l'aide de ses étudiantes et étudiants, lui a demandé environ douze années de travail. Il a dû inventer de nouvelles techniques de synthèse et il lui a même fallu exécuter 44 opérations pour arriver à ses fins. Il a commencé par conduire une opération autour d'une toute petite molécule pour la première étape. C'était en fait un produit utilisé dans les préparations à gâteaux. Ensuite, avec cette première opération, il devait trouver la deuxième étape pour avoir une plus grosse molécule, et ainsi de suite jusqu'à compléter 44 opérations qui aboutissaient à la molécule complexe du ryanodol. Cependant, ces étapes étaient loin d'être simples ou définitives, il est même arrivé à plusieurs reprises qu'une opération s'avère infructueuse et toute l'équipe a alors dû recommencer depuis le début de la construction du ryanodol. Cette équipe a déjà passé trois années pour une seule étape! Finalement, avec l'objectif que ces découvertes puissent être utilisées dans le reste du monde, M. Deslongchamps a trouvé le moyen de simplifier toutes ces données.
Impacts
Pierre Deslongchamps a été reçu à l'Académie des sciences de Paris pour avoir contribué, au cours des années 80, au développement considérable de la chimie. En fait, à travers la synthèse quasi impossible du ryanodol, il a apporté des stratégies de reconstruction moléculaire jamais vues auparavant, pouvant éventuellement alimenter toutes les grandes compagnies pharmaceutiques intéressées dans la création de nouvelles molécules. Cette nouvelle façon de reconstruire une molécule a permis à de nombreux chercheurs d'élucider des opérations complexes grâce aux nouvelles découvertes de Pierre Deslongchamps. Même s'il lui a fallu des années de recherche ainsi que bien des opérations infructueuses autour du ryanodol, il ne va pas sans dire que grâce à certaines de ces 44 étapes, il a réussi à trouver de nouvelles composantes intéressantes sujettes à des recherches plus approfondies. C'est ainsi qu'il s'intéressa aux effets stéréoélectroniques, une approche qui étudie le comportement des électrons dans les molécules. En effet, une deuxième contribution importante du scientifique est la découverte de la généralité du principe du contrôle stéréoélectronique, et est liée directement à la synthèse du ryanodol. Le comportement des électrons change selon la configuration des molécules et la façon dont elles sont jumelées les unes aux autres. Selon les dires de monsieur Deslongchamps, le comportement même de la molécule, si on la permute avec une autre, change suffisamment pour parfois même empêcher une réaction de se réaliser. «C'est une façon de comprendre la réactivité chimique, et cela ne pouvait venir du connu», explique le scientifique.
De plus, grâce au travail méticuleux de Pierre Deslongchamps et de sa ténacité, ces douze années investies à la synthèse du ryanodol constituent aujourd'hui un apport déterminant, ouvrant de nombreuses pistes d'exploration prometteuse, et non pas uniquement autour de cette molécule en tant que telle, car elle est très toxique. Les méthodes utilisées relèvent de l'imagination du chercheur et donnent un exemple formidable à la science quant à la stratégie de construction des molécules. Après avoir réussi l'escalade du ryanodol, Pierre Deslongchamps affirme que son véritable tour de force a été de simplifier la démarche, pour accélérer, par le fait même, le processus de recherche un peu partout dans le monde.
Conclusion
Nous pouvons donc affirmer que les années investies par le chimiste dans son laboratoire n'ont pas été inutiles, car, grâce à son génie et à son esprit perspicace, son innovation pourrait un jour révolutionner l'industrie pharmaceutique. Rappelons-nous de la notion fondamentale que le ryanodol est à l'origine un insecticide très toxique... Grâce à sa décomposition, nous connaissons maintenant d'autres éléments pouvant servir dans le domaine de la santé. Un jour, l'industrie pharmaceutique sera bien plus révolutionnaire et les gens malades seront soignés grâce à des bribes de molécules jadis considérées toxiques. L'exemple du travail de M. Deslongchamps devrait encourager tous ces jeunes chimistes qui croient en une idée! Avec un peu de simplicité et beaucoup d'imagination, ils pourraient peut-être eux aussi, devenir le président-fondateur de leur propre compagnie pharmaceutique… Et puis, à quand le prix Nobel pour Pierre Deslongchamps?
![]()
Bibliographie
DUPONT, Luc. (1998, Janvier). «Un Québécois à lAcadémie des sciences de Paris». La Presse [CD-ROM]. CD Actualité/Québec, Version 3.82, Outremont, CEDROM-SNi, Août 2000. sans nom. (1998, Juin). «Néokimia». Le Soleil [CD-ROM]. CD Actualité/Québec, Version 3.82, Outremont, CEDROM-Sni, Août 2000. Gouvernement du Québec. (Page consultée le 20 septembre 2002). Secrétariat de lordre national du Québec, Pierre Deslongchamps, [En ligne]. Adresse URL: http://www.mce.gouv.qc.ca/g/html/onq/97/97_11.htm HÉMOND, Élaine. (Page consultée le 20 septembre 2002). Lauréates et lauréats : Deslongchamps, Pierre, [En ligne]. Adresse URL: http://www.prixduquebec.gouv.qc.ca/recherche/deslaureat.asp?noLaureat=151 Institut de chimie du Canada. (Page consultée le 20 septembre 2002). Lorsque chimie rime avec pharmaceutique, [En ligne]. Adresse URL: http://www.cheminst.ca/ncw/articles/2000_organicchemistry_f.htm Pelloille, Gilles. (Page consultée le 20 septembre 2002). Pierre Deslongchamps reçoit le titre dofficier de lOrdre national du Québec, [En ligne]. Adresse URL: http://www.usherbrooke.ca/compresse/1997/juin/DESLONG.html R. Bloomquist, Jeffrey. (Page consultée le 27 septembre 2002). Insecticides : Chemistries and Characteristics, [En ligne]. Adresse URL: http://ipmworld.umn.edu/chapters/bloomq.htm Université de Sherbrooke. (Page consultée le 20 septembre 2002). Pierre Deslongchamps, Chimiste, [En ligne]. Adresse URL: http://www.usherbrooke.ca/SCES/CHIMIE/deslongchamps/bio-ab.htm Entrevue avec Pierre Deslongchamps. (2002, 8 octobre) [vidéocassette]. Pierre Deslongchamps, chimiste à l'Université de Sherbrooke. Entrevue par Analie Picard Beaudoin et Maud Coussa-Jandl. (1 h 30 min.)
Recherche : Analie Picard Beaudoin et Maud Coussa Jandl, Centre Le Goéland, Sherbrooke (Québec), CANADA.
Validation du contenu : Marc Richard
Révision linguistique : Béatrice Migneault
|
© Copyright 1997-2003
Tous droits réservés à l'Association québécoise des utilisateurs de l'ordinateur
au primaire-secondaire (AQUOPS-CyberScol).
Conçu et administré par Marc
Richard.