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Le seul tableau de Dimitri Ivanovitch Mendeleïev |
Bien
avant que la physique quantique parvienne à établir ce fait, Dimitri
Ivanovitch MENDELEÏEV avait produit une classification des éléments
chimiques qui fonctionne encore, curieusement accordée à la structure
de l'atome telle qu'elle est présentée aujourd'hui. Né
en Sibérie en 1834, ayant reçu ses premières connaissances
d'un exilé politique, il obtint en 1856 un doctorat de chimie qui avait
pour sujet «L'union de l'alcool et de l'eau»! Nommé professeur
à l'Université de St-Pétersbourg en 1867, et entreprenant
la rédaction d'un ouvrage de chimie pour faciliter le travail de ses
étudiants, il eut l'idée de structurer une classification des
éléments d'après leur masse atomique. En réalité,
il n'était pas le premier à y songer; lors de «l'explosion
démographique» des éléments au XIXe siècle,
les chimistes ont redoublé d'efforts pour les ordonner.
C'est Johann DOBEREINER, un chimiste russe, qui a établi le premier, en 1817, un rapport entre la masse atomique des éléments et leurs propriétés. Il envisageait l'existence de «triades» d'éléments comparables tels que le chlore, le brome et l'iode, constatant que la masse atomique du deuxième élément était intermédiaire par rapport à celle des deux autres. Mais il faut attendre 1865, et le chimiste britannique John Alexander NEWLANDS pour que celui-ci mette en évidence une certaine répétition dans les propriétés des éléments. Il propose très poétiquement une loi des octaves ; «...le huitième élément qui suit un élément donné ressemble au premier comme la huitième note de l'octave ressemble à la première...». Mais la proposition n'est pas retenue par les savants qui la jugent fantaisiste. Le verdict est similaire pour la «vis tellurique» présentée par Alex BEGUYER de CHANCOURTOIS. Il s'agit d'une hélice portant sur son axe vertical la suite des nombres entiers qui correspond aux poids atomiques des éléments. Son «inventeur» l'a nommée telle en raison de la place centrale du Tellure dans le système. Cependant, elle mêle des corps simples et des corps composés, la représentation graphique est compliquée, et A. BEGUYER de CHANCOURTOIS, l'un des rares français a apparaître dans l'aventure de la classification, ne laisse pas de trace marquante. Mais, en 1869, Dimitri Ivanovitch MENDELEÏEV va définir une classification cohérente des éléments qu'il deviendra difficile de réfuter.
La seule occasion de modification notable du tableau fut la découverte du physicien anglais, Henry MOSELEY, en 1914. Il réussit à déterminer le nombre d'électrons de chaque élément grâce à l'utilisation de rayons X, ce qui a conduit à établir que la structure atomique serait une base de classification particulièrement appropriée. En particulier, les difficultés liées au classement des isotopes, non décelées par Mendeleïev, peuvent être évitées.
Dorénavant, les éléments sont donc classés en fonction de leurs numéros atomiques croissants, ce qui correspond à un nombre croissant de protons dans le noyau et, chaque atome étant globalement neutre, à un nombre égal d'électrons. Compte tenu des modifications entraînées (quelques inversions), on retrouve la même périodicité concernant les propriétés des éléments. En 1945, mettant un point final à la longue histoire d'une classification réussie, c'est Glenn T. SEABORG, un chimiste américain, qui a défini la disposition actuelle du tableau. Elle est caractérisée par des rangées horizontales, les périodes, et des colonnes verticales, les familles chimiques.
Le concept d'élément, et chacun des éléments, est donc issu d'une longue expérience de fractionnement, d'analyse des substances et même de création. Au XIXe siècle, bien que les chimistes aient beaucoup de peine à isoler certains éléments parce que les rares réactions possibles ne donnent parfois qu'un produit souillé de réactifs et très difficile à purifier, les choses sont simples. Un élément, ou corps simple, est identifié comme «une substance qui résiste à toutes les tentatives de décomposition et de transformation, et qui se conserve à travers toutes les réactions chimiques». Mais la liste s'allonge au cours des ans grâce à des recherches touchant des domaines divers, et utilisant des techniques d'étude de la matière de plus en plus sophistiquées. Les recherches de Pierre et Marie CURIE sur la radioactivité aboutissent à la découverte du radium en 1898, et montrent qu'un élément peut se transformer en un autre. Puis la découverte du phénomène de fission nucléaire, par lequel un noyau peut se scinder en plusieurs, fait définitivement perdre toute valeur à la définition. La différence que tenait à établir MENDELEÏEV entre un corps simple et un élément prend tout son sens. L'élément, ou constituant élémentaire des corps simples ou composés, se trouve constitué d'atomes, et les principes de la physique quantique prennent tout naturellement leur place.
La classification de MENDELEÏEV perdure, et même les 9 derniers éléments chimiques officiellement baptisés par l'Union Internationale de Chimie Pure et Appliquée (IUPAC) en août 1997 s'ajoutent au tableau suivant l'organisation prédéfinie par le savant. Il est rare qu'une classification résiste ainsi à l'évolution des connaissances. C'est l'aboutissement exemplaire d'un modèle établi à partir de connaissances partielles, le développement rêvé à l'idée que s'est faite, un jour, un homme de l'ordre des choses. Mais c'est aussi, plus qu'une intuition géniale, l'aventure intellectuelle d'un chimiste du XIXe siècle qui a marqué formellement l'engagement de la science vers des abstractions arides mais riches d'enseignements.
À l'heure actuelle, 109 éléments chimiques figurent officiellement dans le tableau périodique. Les colonnes rassemblent des éléments qui ont le même nombre d'électrons périphériques dans leur atome, donc qui se ressemblent par leur chimie, alors que les comparaisons horizontales s'établissent sur la base d'un nombre de protons (ou électrons) croissants. À noter que dans une seule case sont regroupés tous les isotopes connus d'un même élément, ne différant entre eux que par le nombre de neutrons du noyau.
Aujourd'hui, on sait que le premier des éléments du tableau, l'hydrogène, est le constituant principal de l'univers observable. On peut imaginer que le cœur des étoiles a «œuvré» à partir de cet élément pour en créer d'autres plus lourds.
Ainsi, le tableau de MENDELEÏEV, c'est à la fois une réponse au problème spécifique de la chimie du XIXe siècle qui recherche une «systématique» des éléments, et un référentiel solide pour toutes les découvertes à venir de la chimie, mais aussi de la physique! Presque toutes les nouveautés sont liées à l'étude d'un élément donné, et de ses combinaisons, dont on met en évidence les propriétés inédites; la radioactivité et l'isolement du radium par Marie CURIE, la fission nucléaire et la scission du noyau d'uranium en 2 noyaux de baryum et de krypton, en sont des exemples.
| L'atome Il est courant de représenter l'atome d'hydrogène, le plus simple de tous, comme le tourbillon d'un électron autour d'un proton sous l'effet de la force électrique attractive qui les lie (force de Coulomb). En effet, l'électron est chargé négativement alors que le proton est chargé positivement. En réalité, les choses ne sont pas si simples. En fait, l'électron en mouvement autour du proton devrait émettre un rayonnement électromagnétique et perdre de l'énergie. Ainsi freiné, il se devrait donc de tomber en une fraction de seconde sur le noyau. Ce n'est pas le cas puisque l'atome est stable! La physique quantique nous apprend que les électrons n'ont pas de trajectoire bien définie mais une certaine probabilité de présence en un point donné, et qu'ils ne peuvent exister que dans certains états particuliers caractérisés par leur énergie (états quantiques). On parle d'ailleurs de niveaux d'énergie. Finalement, l'atome moderne échappe totalement aux représentations imagées. La seule description admissible est celle qui se donne en termes de symboles mathématiques. Si nous y perdons une représentation claire de l'atome, nous y avons beaucoup gagné en compréhension du monde physique. |
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Page mise à jour : le 17 février 2002